Pourquoi la hausse du prix du café peut être une bonne chose

Ces derniers mois, des rapports alarmants font état d’une augmentation du prix du café. Comment l’explique-t-on ? Qui en profite ? Qui en souffre ? Les buveurs de café doivent-ils s’attendre à une flambée des prix ? Nous avons posé la question à Stefaan Calmeyn, expert café chez Oxfam. Alors oui, le café Oxfam va augmenter, mais pour de bonnes raisons.

Tout d’abord : la tendance à la hausse que nous observons actuellement est liée à une augmentation du prix du ‘café vert’, les grains non torréfiés donc. Qu’est-ce qui l’influence ?

Bien sûr, l’évolution attendue de l’offre et la demande joue un rôle important. Actuellement, la demande reprend partout après une année difficile à cause du coronavirus. L’offre, elle, semble entrer dans une période de stagnation. Cela s’explique principalement par la météo peu propice à la récolte de café au Brésil (le plus grand producteur de café), mais aussi l’insécurité en Colombie et les problèmes de transport partout dans le monde. Et lorsque la demande excède l’offre, les prix grimpent. C’est logique.

Mais le prix du café (arabica) vert est déterminé par une bourse internationale à New-York. Tout le monde peut y participer, même ceux qui n’ont pas de café à acheter ou à vendre. Le café fait donc l’objet d’importantes spéculations, entraînant de fortes fluctuations des prix.

1 dollar la livre vs. prix minimum fairtrade

En soi, c’est une bonne chose que le prix du café soit en hausse à la bourse de New-York, car il est très bas depuis des décennies, moins de 1 dollar la livre (soit un petit 500g). En 1989, plusieurs acteurs majeurs comme les États-Unis et le Brésil ont mis fin aux accords internationaux contraignants sur les quotas. Depuis lors, la tendance du prix du café est globalement à la baisse et surtout moins stable. La spéculation en bourse renforce cet effet.

Ces prix bas et ces fluctuations impactent principalement les caféiculteurs : il leur est presque impossible d’estimer combien ils obtiendront pour leur produit. De plus, ils n’ont pas la possibilité de se prémunir contre ces fluctuations, à la différence des grands acteurs.

Avec un prix sous 1 dollar la livre, beaucoup de caféiculteurs n’entrent pas dans leurs frais. C’est pourquoi le prix minimum fairtrade – le minimum payé par Oxfam – est fixé à 1,4 dollar la livre. Nous payons encore 0,2 dollar de prime fairtrade supplémentaire, plus encore souvent les primes bio et qualité. Et nous visons toujours une coopération à long terme, qui apporte plus de certitude dans ce secteur instable.

Chez Oxfam, le supplément revient aux caféiculteurs

Maintenant que le prix du marché a dépassé le prix minimum fairtrade, Oxfam s’adapte évidemment et paie aussi ce prix plus élevé. La prime fairtrade et les primes bio et qualité – quand elles sont d’application – restent inchangées. Cette hausse du prix de la matière première peut avoir un effet sur le prix de notre café fini. En tant que client, vous payez alors un supplément qui revient directement aux coopératives qui nous fournissent le café vert.

Et c’est malheureusement peu courant

Contrairement au commerce transparent et direct d’Oxfam avec les coopératives de café, la tarification du café conventionnel repose sur un enchevêtrement obscur de facteurs. Ce qu’un cultivateur obtient au final pour son café est tributaire d’énormément d’éléments. Trop souvent, il n’y a aucun lien direct entre la hausse des prix à la consommation et les revenus des caféiculteurs.

La hausse du prix d’une tasse de café provient en grande partie du fait que le consommateur belge est prêt à payer plus pour de la qualité, un moment de plaisir et plus de confort d’utilisation. Pensez au café en grains et aux petites portions pour la maison, à la consommation dans les cafés-bars… Où est le problème ? En soi, ce n’en est pas un si le consommateur a le budget pour. À cela près que les cultivateurs de la matière première ne profitent pas de la plus grande valeur accordée au produit final par le buveur de café.

Ce sont généralement les grandes entreprises en bout de chaîne qui profitent de la hausse du prix à la consommation. Un peu pour couvrir les coûts de production plus élevés, mais surtout pour augmenter les marges bénéficiaires. Alors qu’ils sont un maillon essentiel de la chaîne, les cultivateurs continuent à percevoir les mêmes revenus (trop) bas. Tandis que leurs coûts de production et les risques climatiques augmentent (sécheresse, canicule, fortes pluies), ils restent à la traîne sur tous les fronts comme l’a une fois encore démontré le dernier rapport du Baromètre du café.

En 2021, le consommateur exige un café de qualité supérieure mais embrassant les principes de la consommation responsable. C’est tout ce que le café Oxfam représente. Et cela alors que les prix de nos cafés classiques (Dessert, Mokka…) restent conformes au marché.

Un café plus cher peut être une bonne chose

La tendance à la hausse du prix du café n’est donc pas alarmante pour Oxfam. Car si – et c’est la condition absolue – ce supplément se répercute sur les producteurs de café à la base, ils pourront enfin percevoir un revenu stable et viable qui couvre leurs dépenses et leurs risques. Dans cette optique, l’augmentation du café n’est pas un problème mais une réparation après des décennies d’injustice. Une raison légitime de payer un peu plus, donc.

Depuis 50 ans, Oxfam est et reste le pionnier du commerce équitable. Nous sommes la preuve que le commerce peut se faire autrement et nous continuerons à servir du café équitable. Mais l’ensemble de la filière doit évoluer vers plus de durabilité, dans l’intérêt de tous ceux qui apprécient le café. Et là, il y a encore du pain sur la planche…


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